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    Notre combat     pour  la     géographie            Édith Mukakayumba               Jules Lamarre
               Édith Mukakayumba, Ph. D.                              Jules Lamarre, Ph. D.
  
Au cours des dernières années, nous avons poursuivi avec détermination notre lutte pour que la géographie demeure une discipline pleine et entière de la connaissance. D'abord, il y a eu les cafés géographiques que nous avons organisés à Québec (2004-2008) et puis à Montréal (2009-2011). En tout, il y en aura eu 40, ce dont nous ne sommes pas peu fiers. Forts de cette expérience, et surtout de toutes les connexions que la tenue de tant de cafés-géo nous aura permis d'établir, nous avons ensuite exploité ce capital accumulé et changé d'échelle d'intervention afin d'accroître la portée de notre lutte en faveur de la géographie. Nous avons décidé d'organiser cette fois des colloques de stature internationale en nous servant de cette tribune exceptionnelle que constitue le Congrès de l'Acfas, ou l'Association francophone pour le savoir, qui, à chaque année, tient ses assises dans l'une ou l'autre des universités de langue française du Canada. Ainsi, dans le cadre de l'Acfas, nous avons tenu trois colloques sur la géographie, soit en 2011, 2012 et 2013, là où à chaque occasion nous avons pu accueillir des conférenciers dont certains étaient connus mondialement. Enfin, il y a eu nos ouvrages universitaires collectifs qui nous ont aussi permis de faire des pas de géant dans la bonne direction.

Une géographie à réveiller

 

Comme c'est aussi le cas d'autres disciplines de la connaissance, dans les universités la géographie est menacée de disparition à cause d'un changement dans la demande sociétale. Depuis plus de 20 ans, maintenant, on exige des diverses disciplines universitaires qu'elles fournissent « à la demande » des solutions pratiques à une foule de problèmes ponctuels tout en faisant ainsi la preuve de leur utilité sociale. Elle n'ont plus d'autre choix que d'être désormais au service du Prince, sinon, c'est la disparition.

La sciences disposant de plus en plus de moyens, on s'attend à pouvoir les utiliser pour atteindre des fins que l'on se fixe, souvent au détriment de la connaissance approfondie du monde qui nous entoure, un monde que l'on modifie pour qu'il réponde à nos besoins, souvent sans égard aux concéquences à long terme, comme les changements climatiques. On espère que les désastres causés par le développement de la technologie pourront être corrigés un jour ou l'autre par encore plus d'avancées technologiques. On ne connaît plus que le « toujours plus de même ».

Désormais la connaissance que l'on a du monde passerait en second, si l'on peut dire. De là, dans le milieu de l'enseignement, l'accent qui est mis, depuis le secondaire jusqu'à l'Université, non pas sur l'importance de toujours mieux connaître le monde dans lequel nous vivons, mais sur l'acquisition par les étudiants de la pensée procédurale. Comme dans « comment pourrait-on s'y prendre pour obtenir tel résultat, ou bien réparer ceci ou cela qui fonctionnerait si mal ? » Pour répondre à ce type de demande, la géographie, en particulier, s'est spécialisée au point que, dans certains départements de géographie du Québec, on a choisi d'enseigner essentiellement des techniques de la géographie, comme la télédétection, les systèmes d'information géographique, l'aménagement du territoire, ou seulement la géographie physique, etc. plutôt que la géographie en tant que telle. Même si on pourrait faire tout cela en même temps.

Pourtant, en tant que discipline pleine et entière de la connaissance, la géographie devrait se consacrer, aussi, et peut-être d'abord, à l'étude des rapports que les humains entretiennent avec la nature et au cours desquels ils sécrètent de la territorialité, créent et animent des régions offrant des possibles tout en imposant des contraintes. Grâce à l'approche globale, la géographie est également en mesure de révéler l'origine commune de bien des problèmes particuliers qui semblent se multiplier, cela en vu de limiter l'éparpillement de nos interventions. De ce point de vue la géographie demeure indispensable pour mieux comprendre que, contre toutes attentes, la mondialisation rend le monde plus opaque.