La Maison de la géographie de Montréal  
     
     
  Clotaire Rapaille décodé  
  15 février 2010  
     
  Jules LAMARRE, PhD
Édith MUKAKAYUMBA, PhD
Maison de la géographie de Montréal
 
     
     
 

Depuis que Clotaire Rapaille cherche le code de Québec, il faut s’attendre à ce que la population du Québec, voire du monde entier, essaie de solutionner l’énigme de la Vieille Capitale, ou de s’en amuser, les médias relayant le message gratuitement, tout comme les humoristes sérieux. Pendant un moment, on n’aura que Québec et son maire à l’esprit qui, ensemble, entreront dans l’imaginaire collectif, comme au temple de la renommée.        

Clotaire Rapaille entend concevoir un masque des plus inspirants qui puisse mettre en évidence les atouts de la Vieille Capitale tout en effaçant ses rides comme par magie. On sait en effet de quoi Clotaire Rapaille est capable, lui qui a déjà réussi à faire oublier qu’en dessous d’un P.T. Cruiser se dissimulait une voiture bien ordinaire.  

Les politiciens en général valorisent énormément les talents de gens comme Clotaire Rapaille, ce faiseur d’images de génie, qui peut détourner les regards de l’essentiel. Aux politiciens, il fait miroiter la capacité de toujours paraître à leur meilleur, même quand les temps sont particulièrement difficiles pour eux.       

À la recherche d’un code magique… Le code des politiciens

Ces jours-ci, les politiciens ont bien besoin des fabricants d’images de grand talent. Une fois de plus, la chose nous est apparue évidente en écoutant l’émission « Maisonneuve en direct », diffusée vendredi le 5 février dernier à la radio de Radio-Canada. La tribune téléphonique portait sur « Jouez-vous au poker sur Internet? ». Tout naturellement, on y discutait des risques liés à une accessibilité plus grande des jeux de hasard.

On en parlait abondamment depuis que le ministre des Finances du Québec avait annoncé que Loto-Québec allait se lancer dans les jeux de hasard en ligne. Mais la veille, les syndicats des enseignants avaient aussi révélé que la ministre de l’Éducation proposait, sans même en avoir discuté au préalable avec les enseignants eux-mêmes, de garder les écoles ouvertes les fins de semaines. Nous nous sommes également rappelés du ministre de l’environnement du Canada, Jim Prentice, en train de traiter de « sottise politique » la décision du Québec d’établir ses propres normes de lutte contre les gaz à effets de serre… Et que faisaient les autres politiciens? Attendons les prochains scoops de nos mass médias!

Pendant cette émission de « Maisonneuve en direct », nous avons constaté encore une fois que, dans toutes nos démocraties, nos politiciens surfent ensemble sur les coups d’éclat à répétition. Grâce au travail des fabricants de masques, les politiciens de partout peuvent faire oublier qu’il n’est pas dans leurs priorités de relancer l’emploi, de redonner espoir aux jeunes, de secourir les plus faibles… D’autant plus que ceux-ci ne vont pas voter.   

Inspirons-nous des Inuits et des peuples autochtones

En 2006, lors d’un voyage dans le Grand Nord canadien, nous avons demandé à des Inuits s’ils souhaitaient qu’un jour leur Nunavut devienne la 11e province du Canada. À cela ils ont répondu « Never! ». Ils se sont ensuite moqués du manque de contrôle que nous avions de nos propres gouvernants qui, d’après eux, pouvaient faire n’importe quoi en dehors des campagnes électorales. « Vous ne décidez jamais de rien, soutenaient-ils ». Le fait est qu’au Nunavut, on gouverne par consensus. Il s’agit-là d’un processus dont nous avons perdu l’habitude. Là-bas, aucun élu ne peut camoufler quoi que ce soit ou presque en multipliant les coups d’éclats.

Pour aider nos démocraties à nous aider, ne vaudrait-il pas mieux soulever les masques qu’arborent trop souvent nos gouvernants de partout, des masques grâce auxquels ils se croient autorisés à traiter de cyniques celles et ceux qui perdent l’envie d’aller voter? En faisant tomber les masques, nous pourrions gagner sur plusieurs tableaux. Premièrement, nous ne serions plus gouvernés par procuration, par des faiseurs d’images interposés. D’un autre côté, ceux de nos élus qui sont fiers de ce que nous sommes sans masque, feraient sans doute de leur mieux pour nous offrir un environnement propice à une vie libre des masques!