Vision et Projets

Depuis au moins une dizaine d’années, un déplacement des intérêts de recherche s’est produit dans les divers départements de géographie des universités québécoises. Ainsi, faute de professeurs et de moyens, l’enseignement et la recherche universitaire en géographie humaine ont dû se replier autour de problèmes liés à l’environnement, aux changements climatiques, à la bonne gouvernance, etc. Des départements de géographie ont ainsi cessé d’enseigner la géographie sociale et culturelle, une branche de la géographie qui pourtant pourrait aider à mieux comprendre certains de nos problèmes de société parmi les plus préoccupants.

La Maison de la géographie de Montréal a été fondée pour rendre compte des préoccupations des géographes d’origines et d’horizons divers, et tout particulièrement pour accueillir ceux qui, comme nous, estiment qu’il importe plus que jamais d’étudier la géographie sociale et culturelle de nos grandes villes. À Montréal, par exemple, il est urgent de mieux comprendre les rapports qu’entretiennent les diverses communautés culturelles avec le territoire afin d’y favoriser la cohabitation harmonieuse de tous et de toutes.   

La Maison de la géographie de Montréal organise des rencontres de discussion dans le cadre des Cafés géographiques de Montréal qui se veulent une université itinérante.

La question des rapports interculturels à Montréal

À Montréal, la grande métropole du Québec, la question des rapports interculturels se pose de façon aigue. Au cours des dernières années, par exemple, la cohabitation des diverses communautés culturelles s’y est effectuée de façon généralement harmonieuse. Mais étant donné l’afflux récent d’un grand nombre de nouveaux immigrants, qui amènent tout naturellement leurs manières de vivre avec eux dans leurs bagages, la population montréalaise interroge sa capacité réelle d’intégration de tous ces nouveaux venus. Plus précisément, se sentant moins chez elle, la population montréalaise croit son identité menacée surtout depuis que des incidents liés à des différences culturelles ont suscité plusieurs réactions émotives largement médiatisées par la suite. Pour calmer le jeu, en février 2007, le gouvernement du Québec a été jusqu’à créer la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables à laquelle on a confié le mandat de trouver un terrain d’entente interculturelle où négocier des accommodements destinés à faciliter la gestion du vivre-ensemble. Le rapport de la Commission rendu public au printemps 2008 annonce l’ampleur de la tâche à accomplir.

De concert avec la Ville de Montréal, la Maison de la géographie de Montréal veut aider à faciliter le rapprochement des uns et des autres.

Créer des lieux de débats pour mieux nous comprendre

En organisant des rencontres de discussion, nous poursuivons deux objectifs complémentaires. Premièrement, nous cherchons à mettre en relief les diverses formes qu’adoptent les rapports interculturels à Montréal en fonction des lieux, c’est-à-dire dans des quartiers que diverses communautés culturelles territorialisent par leurs façons propres d’habiter. À ce stade-ci, il s’agit de questionner des manières de faire qui parfois peuvent apparaître étranges, voire dérangeantes, aux yeux de l’Autre pour ensuite interroger leurs significations, favoriser le dialogue interculturel tout en politisant des situations en vue d’interpeller nos élus de façon démocratique.   

Deuxièmement, nous nous penchons plus spécifiquement sur l’étude du processus de territorialisation propre à chaque communauté culturelle à l’échelle des milieux de vie particuliers. Notre objectif est d’approfondir notre connaissance de ce à quoi tient l’emprise d’une communauté culturelle sur un lieu afin de faire ressortir l’essence de territorialités particulières. Organisés de concert avec les Géographes de quartier, les Cafés géographiques de Montréal servent de portes d’entrée à des recherches pointues sur les territorialités en contexte de diversité.

Édith Mukakayumba

Jules Lamarre